Paterson
- 12 nov. 2016
- 2 min de lecture

Adam Driver (Paterson) © Mary Cybulski
On pourrait croire Paterson ennuyeux et sans aucune originalité. Dans les grandes lignes, c'est le cas. Paterson (Adam Driver) vit à Paterson, et ceci depuis... toujours. Conducteur de bus, sa vie est tracée, ritualisée : il se réveille à 6h, embrasse amoureusement sa femme Laura (Golshifteh Farahani), déjeune, part au travail, écoute les histoires des patersoniens, rentre, remet sa boîte aux lettres droite, découvre la nouvelle lubie de sa femme fascinée par le noir et blanc, promène son chien et s'arrête boire une bière au bar. Un quotidien simple et rassurant.
Mais Paterson lit Paterson. Un recueil de poésie écrit par le poète américain William Carlos Williams (1883-1963). Et il ne se contente pas de lire de la poésie, il en écrit. Paterson est prosaïque, concret mais néanmoins d'une intense profondeur poétique. Ses quelques mots, qu'il conserve secrètement dans son carnet, éclaboussent sa vie bien rangée. C'est l'exaltation du quotidien par l'écriture. Jim Jarmusch, le réalisateur, rend magique un quotidien monotone auquel on se surprend à apprécier les petits moments de bonheur. Entre ces instants ? Une sorte de flottement. Pour nous spectateur, un ennui synthétique. On peut parfois trouver le temps long. Mais on ne s'ennuie pas. Si j'avais regardé le film depuis mon canapé, télécommande en main, je n'aurais pas zappé mais augmenté le volume pour apprécier la voix grave et rassurante d'Adam Driver, lisant sa prose...
"If you ever let me
I'd tear my heart out
and never put it back"
Attachant, le film n'oublie pas de nous tirer un sourire par-ci, de nous émouvoir par-là, de nous questionner, de nous faire aimer cette douce poésie qu'est la vie ; toutes ces petites choses du quotidien qui forment une certaine harmonie. Les habitudes deviennent rassurantes. Mettre des mots dessus rend alors lisible la beauté du moment. Une rencontre, une histoire d'amour, le temps qui passe... Notre cœur se serre. Et si tout prenait fin ? N'ayons aucune crainte. "Une page blanche offre encore plus de possibilités".
Un film qui raconte rien. Ou tout. Ou un peu des deux. Mais en tout cas, il est parlant. Et ça nous donne envie d'exercer notre prose, de lire des poèmes chaque jour qui passe, pour embellir un peu notre quotidien, le sublimer, l'aimer.
Date de sortie : 21 décembre 2016
Musique : Carter Logan, Shane Stoneback
De Jim Jarmusch
Avec Adam Driver (Paterson), Golshifteh Farahani (Laura)















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